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111 – Napoléon et « nous »

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111 – Napoléon et « nous »

Je ne vais pas aborder ici le napoléon (petit n) qui reste encore aujourd’hui un honnête refuge contre l’inflation pour bourgeois boomers, mais un peu l’autre legs financier de Napoléon Bonaparte, la Banque de France, et un peu aussi l’incapacité de penser par manque de toute « culture » historique qui caractérise tragiquement tout ce qui aujourd’hui « fait l’opinion ».

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Pour qui a bénéficié d’une formation historique un tant soit peu sérieuse, l’épisode napoléonien que nous venons de traverser a été éprouvant mais instructif. J’ai déjà dénoncé dans un billet consacré aux histoires des économistes les impostures d’une profession qui se croit habilitée à nous raconter, à travers l’histoire, ce que nous sommes, ce que nous devons être, ce qui a toujours été et doit continuer d’être.

Que dire quand s’y mettent aussi des politiciens formés aux fiches de culture générale de leur prépa à l’ENA, des éditorialistes ivres de parlote, des blogueurs recopiant de fausses citations trouvées en ligne et des copains informés par les controverses elles-mêmes plus que par des lectures universitaires ?

Au-delà de toute opinion (ou information) personnelle sur un homme qui, parce qu’il était un être d’exception placé dans des conditions exceptionnelles il y a 200 ans, ne peut par définition pas nous enseigner quoi faire ou quoi penser au jour le jour, j’avoue m’être souvent amusé de voir combien ce qui se disait de lui parlait en réalité de nous : de notre république qui serait miraculeusement étrangère à toutes les vilenies de jadis, de notre pays où des gouvernants bien moins exceptionnels qu’ils ne le croient continuent de justifier par notre histoire le plaisir qu’ils prennent à coucher dans son lit.

Révélateurs du faible niveau d’information historique autant que de cette confusion des plans, deux procédés rhétoriques doivent être médités, voire appliqués entre nous à l’histoire de la monnaie :

  1. « et ça a duré jusqu’en… ».
  2. « on ne nous l’a jamais dit, mais ».

Le scandale de la durée

Bonaparte a rétabli l’esclavage et je ne dirai rien de ce scandale qui a quand même « duré jusqu’en 1848 ». D’autres choix, moins révoltants, ont pesé plus longtemps encore. Ainsi le même homme a dans la pratique supprimé la liberté de divorce par consentement instauré par la République. On peut pinailler à la marge, mais quand on dit que ce scandale « a duré jusqu’en 1975 » ne voit-on pas ce que cela signifie : que huit régimes successifs (dont trois républiques) ont vécu avec, alors que ni le despotisme napoléonien, ni son machisme méditerranéen, ni le prestige de ses victoires ne pesaient plus sur les décisions des petits hommes qui lui avaient succédé. De même si les dames ne votaient point à la Belle Époque, ce n’est pas la faute à Napoléon.

Est-ce qu’incriminer Napoléon du malheur des femmes (et des couples) durant 175 ans n’est pas une façon paresseuse et complaisante de ne rien dire de notre façon de nous (laisser) gouverner ?

Que Napoléon ait exercé en son temps une forme de dictature n’exonère pas, pour le dire plus crument, nos dégoutantes et persistantes servitudes volontaires.

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Le scandale du secret

Certes l’histoire progresse comme savoir accumulé et elle épouse pour cela le cours sinueux des problématiques propres à chaque époque. La polémique aussi, qui prétend juger l’histoire depuis une sorte d’Olympe morale, évolue et mute avec le temps :  bien peu de gens reprochaient à Napoléon le rétablissement de l’esclavage il y a 200 ans, et c’est un progrès de le faire, mais nul ne semble plus lui reprocher en 2021 l’enlèvement et l’exécution du duc d’Enghien alors que cela a traumatisé une partie de l’opinion et rempli des pages et des pages de critique dans toute l’Europe jadis.

Mais qu’un fait soit mis en exergue ou au contraire placé sous le boisseau, il reste quand même assez peu de secrets sur cet homme-là, sauf ceux que l’on invente pour faire vendre ou pour faire frémir. On s’étonnera donc de voir un homme que par ailleurs j’estime plutôt, comme Daniel Schneidermann, écrire sur son blog de pareilles bêtises :

Des pans entiers de l’histoire napoléonienne sont encore en quasi-friche. Ainsi de cet autre « grand monument » des années du Consulat : la Banque de France. En voilà, une création magnifique, indispensable instrument de la souveraineté monétaire, qui a survécu aux siècles ! Mais qui sait que l’institution, créée en 1800, est à l’origine une banque privée, dont Bonaparte et sa famille (sa mère Letizia, sa femme Joséphine, son frère Jérôme, etc) étaient les principaux actionnaires, et qui semble avoir été un investissement très fructueux ?

.Daniel Schneidermann sFranchement, s’il l’ignorait, j’ai un peu de peine pour lui. Il aurait pu lire un des nombreux ouvrages consacrés à Napoléon et à l’argent (l’édition du Napoléon de Jean Tulard donne de nombreuses références utiles).

Lui-même cite un résumé de la question, publié il y a… 6 ans sur le fort libéral site Contrepoints et qui mentionne la chose.

Si jamais la chose fut secrète, elle ne l’est plus depuis les sorties fracassantes de Daladier en 1934 sur les 200 familles. Il est vrai que parler des « 200 familles » vous ferait tout de suite ranger dans la rubrique populisme voire complotisme. La presse, comme on sait, est en France aussi indépendante des intérêts économiques que tout le reste : il y a donc les controverses qui lui vont et celles qu’elle contourne.

Oui, la Banque de France est née comme une banque privée, mais que peut-on en dire aujourd’hui ?

Les autres banques centrales qui pouvaient servir de modèle, celle de Suède ou celle d’Angleterre, étaient nées privées elles-aussi ! Et « ça a duré jusqu’en » 1936 en France, à une époque où l’autoritarisme napoléonien avait quelque peu faibli.

Abeilles sur le manteau ou pas, aigles sur les drapeaux ou pas, les Banquiers Centraux ont-ils jamais été autre chose que les régulateurs, et parfois les parrains, d’intérêts privés ? C’est donc toujours avec un petit hoquet que j’entends dénoncer Bitcoin comme « monnaie privée ».

La BCE d’aujourd’hui est bien plus indépendante des pouvoirs politiques que ne l’étaient les régents de la Banque de France, l’empereur lui-même et sa famille n’en ayant jamais étés actionnaires majoritaires, mais, actionnariat privé ou pas, est-elle plus indépendante des intérêts privés ? L’indépendance des banques centrales, qui est un pur dogme religieux, ne s’entend pas forcément de tous les pouvoirs et n’assure en rien leur dévouement au bien commun.

Et que dire de la FED, quand la plus puissante des 12 banques centrales régionales, celle de New York, est détenue en majorité par Citigroup (42,8 %) et JP Morgan (29,5 %) ?

.le dollar morgan tPas une parlote sur la monnaie qui ne rappelle sa dimension presque mystique, souveraine, régalienne… un peu de in God we trust par-ci, un peu de pacte républicain par-là. On rappelle bien moins souvent qu’il ne s’agit parfois que d’un vernis, même si Morgan elle-même a jadis battu monnaie. Si la BoE est entièrement détenue par le Trésor, le capital de la BNS est largement privé.

Quand Barak Obama écrit « inutile de se dissimuler l’évidence : les premiers responsables des malheurs économiques du pays sont restés fabuleusement riches » et ajoute qu’il ne pouvait rien faire parce que les banquiers tenaient l’économie en otage et s’étaient munis de ceinture d’explosifs ; quand on voit qui, chez nous, rédige les rapports sur la réforme des banques, et comment se fait la circulation des dirigeants entre banques privées, banques centrales et organes gouvernementaux… est-il bien raisonnable de chercher des poux dans les lauriers de Napoléon ?

Et donc…

Un jour ou l’autre je parlerai de la façon dont le créateur de la Banque de France fabriquait (aussi) de la vraie fausse monnaie, par millions. Mais pour le moment, l’enseignement le plus réjouissant de tout cela, c’est que la perméabilité des banques centrales (en commençant la FED) aux desiderata des banques commerciales ne joue pas forcément… contre Bitcoin.

Normalement un article sur l’empereur commence par une fausse citation, venant au mieux de Balzac, au pire de libelles royalistes, et parfois de romans américains. Je vais inverser le procédé et finir par une citation connue (mais fausse, bien sûr) sourcée en page 48 du célèbre Manuscrit venu de Sainte-Hélène.

Satoshi demandant à Napoléon ce qu’il pensait de la preuve de travail, celui-ci la déclara bien plus crédible que toutes les alternatives, car il n’y a dans la force ni erreur , ni illusion ; c’est le vrai mis à nu.

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Retrouver l’article original de Jacques Favier ici: Lien Source

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