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Zones d’ombre, flou et amateurisme, pourquoi Kuailian est problématique – TheCoinTribune

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Zones d’ombre, flou et amateurisme, pourquoi Kuailian est problématique – TheCoinTribune

Aujourd’hui, on va enfin parler de Kuailian. On va prendre 10 minutes (allez, peut-être 20) pour mettre le projet en pleine lumière et se poser très franchement la question : la société Kuailian serait-elle parvenue à trouver la formule magique que les plus brillants entrepreneurs et les géants de l’industrie ratent depuis des années, soit la capacité à générer de gros revenus crypto, de manière régulière et transparente ?

Ou au contraire, si cette fameuse “transparence” apparaît toutes les 3 phrases dans le marketing calibré de la société, se retrouve t-on en réalité la plupart du temps devant un bloc d’opacité ?

Rarement un projet crypto aura déclenché autant de réactions contrastées dans la communauté. D’un côté, les soutiens (et investisseurs) du projet sont convaincus que Kuailian propose un panel de services crypto fiables et honnêtes. La preuve : ils perçoivent quotidiennement de l’ETH dans le cadre du contrat souscrit. De l’autre, ceux qui lèvent un sourcil étonné sur les modalités dudit contrat, les zones d’ombres du projet et – de manière plus subtile et peut-être plus subjective – sentent que quelque chose ne tourne pas rond, sans nécessairement déterminer quoi.

Dans cet article on ne va ainsi pas seulement s’intéresser à ce que vous vend Kuailian, mais aussi chercher à mieux cerner QUI vous le vend et COMMENT on vous le vend. Parce que oui, la forme compte, et que non, la fin ne justifie pas tous les moyens… mais il serait déplacé de vous spoiler d’entrée de jeu la séance d’aujourd’hui.

Bienvenue donc dans cet article consacré au projet de masternode à la chouette stylisée. Alors, ce drôle de piaf se dresse t-il, fier comme un aigle royal de l’investissement ou ne serait-il finalement que le général en chef d’une armée de pigeons ? On fait le point.

Avant-Propos : conditions des investigations

L’explosion des cours de 2017 a fait rentrer la crypto dans le périmètre de l’investissement alternatif, avec ses gains potentiellement importants et son parfum d’aventure si particulier. Dans le même élan, les escroqueries et autres projets douteux se sont multipliés. Ces dérives ont été facilitées par la naïveté d’un public parfois peu informé sur les technologies sous-jacentes et facilement aveuglé par des promesses alléchantes de gains infinies, permis par de multiples itérations du “Nouveau Bitcoin” (qu’il convenait de ne pas rater, pas comme le premier).

Mémoire d’un scam-hunter

A cette époque, le boulot pour tout scam-hunter un peu motivé ne manquait pas ! En pleine explosion des ICOs, sur la période 2017-2018, il suffisait d’un site 3 pages un peu coloré, d’un discours random et de quelques photos volées permettant de construire une “team” prête à disrupter le monde. Ajoutez à cela quelques adresses d’envoi ETH et BTC, et les margoulins n’avaient plus qu’à attendre de voir leur butin grossir avant de disparaître dans un nuage de fumée méphitique, laissant une foule d’investisseurs un peu naïfs seuls, avec leurs questions et leurs regrets.

A l’époque soyons honnête, les scams étaient plutôt simples à débusquer, la crypto coulait à flot et les malfaisants ne se compliquaient pas trop la vie pour la récolter. Généralement, 15 minutes d’investigations un peu rigoureuses suffisaient largement à lever les fameux “red flags”, voire à carrément révéler, là un vol d’identité, ici un Livre Blanc plagié…

Mais les temps ont bien changé. A mesure que l’industrie se professionnalisait, les escrocs se sont vu également contraints de déployer plus d’efforts, plus de profondeur pour monter leurs guet-apens. La faute aussi à une communauté rendue méfiante, et globalement bien mieux avertie que par le passé.

Pour autant, l’appât du gain, la convoitise, le FOMO bien connu des crypto-addicts continuent à être des leviers puissants pour qui sait les actionner avec intelligence. La promesse de gains importants, et “garantis” continue à faire briller le regard et accélérer le rythme cardiaque. Bref, il existe toujours un public à duper…même s’il faut déployer des efforts plus importants aujourd’hui pour y parvenir.

Kuailian, rumeurs et soupçons

Pas une semaine ne se passe sans que la boite mail de Thecointribune ne soit assaillie de messages de mise en garde ou de demandes d’investigations concernant le projet Kuailian.

Et pour ceux qui traînent dans les groupes Facebook et Telegram dédiés à la crypto, difficile d’échapper aux assauts de toute une petite armée de VRP de circonstances, excités à l’idée de vous parler de ce nouveau projet révolutionnaire, et plus encore à celle de vous caler leur lien d’affiliation après les quelques rapides amabilités d’usage.

Kuailian, ou le nouveau trafic des masternodes ?
“Hey…psssst tu veux du Masternode ?”

C’est bien simple, hormis le duo fantastique Zynecoin/Sestrel et à la limite Mainston lorsque les gars essayaient encore de faire croire que leur projet spiruliné avait le moindre lien avec la crypto, ça faisait longtemps qu’un nom n’était pas revenu aussi régulièrement dans les discussions de la communauté. Et soyons tout de suite très clair : ce n’est que rarement bon signe.

Vous l’avez compris, il est temps désormais d’aller vérifier un peu plus en détail ce qui se passe derrière la vitrine. Et d’ailleurs, que nous expose t-elle cette vitrine ?

Kuailian, c’est quoi ?

Vous l’avez compris, le propos aujourd’hui n’est pas de présenter en détails les offres commerciales de l’entreprise ou encore ses tarifs. Une armée de camelots auto-proclamés experts en crypto-investissements s’en occupe déjà bien assez bruyamment. Contentons-nous donc d’être succinct et de résumer la proposition de valeur de la marque à la chouette:

  • Kuailian évolue dans le domaine des Masternodes crypto (ces blockchains qui fonctionnent en preuve d’enjeu) et propose un service d’investissement communautaire,
  • L’accès au service est conditionné à un droit d’entrée d’environ 50 $
  • Il devient ensuite possible de souscrire à un abonnement/contrat pour un minimum de 100 dollars,
  • Cet abonnement prend la forme d’une sorte de part (un “Kuai”) de l’ensemble du pool de Masternodes opéré par Kuailian (en d’autres contextes on parlerait d’un collatéral, d’une caution et plus globalement c’est ce qui constitue le capital à partir duquel votre investissement chez Kuailian est supposé fructifier),
  • L’abonnement est de 1000 jours (hors promo spéciale) ,
  • Durant ces 1000 jours, Kuailian conserve le collatéral. 80% du collatéral doit être reversé aux souscripteur à l’issue de cette période,
  • Avec une “IA“, des “bots“, du “machine learning” et autres concepts ronflants, Kuailian prétend sélectionner, faire fonctionner, revendre les produits de ses masternodes sur des plateformes comme Binance, sur une base quotidienne (petite avant première : il est dorénavant question de “Trading Quantique” dans les prochaines nouveautés….pas la moindre idée de ce dont il s’agit),
  • Le produit de ces ventes est converti en Bitcoin et en Ethereum,
  • Ces ventes génèrent des dividendes, sous forme de versements en ETH quotidien au profit des souscripteurs,
  • Le service a été officiellement lancé le 7 septembre 2019,
  • L’ensemble fonctionne via une architecture smart contract

Kuailian, outre son offre commerciale structurée autour de dividendes en ETH issus d’un pool de masternode, propose un système d’affiliation et de parrainage particulièrement élaboré et à multi-niveaux ; le fameux MLM.

Chez Thecointribune, on est pas fan DU TOUT de MLM lorsque cette approche très particulière de marketing de réseau est mélangée à un sujet crypto. Pour autant, pas question de disqualifie par principe l’approche commerciale en tant que telle qui a démontré son efficacité et sa pertinence dans d’autres contextes (on pensera à Tupperware qui a pour ainsi dire inventé le concept, ou encore à la marque d’électroménager Thermomix par exemple).

On soulignera aussi qu’il est possible de souscrire au réseau Kuailian sans rentrer dans la logique de recrutement/parrainage, même si assez logiquement, tout vous y incite.

Autrement dit, rien ne vous interdit de vous contenter de payer le droit d’entrée + 1 Kuai (50 +100 $) et laisser le système générer des dividendes.

Depuis quand le projet Kuailian existe t-il ?

Au rang des informations non-sourcées qui circulent dans la communauté, Kuailian serait un projet existant « depuis plusieurs années » et parfois « datant de 2015 ».

Message LinkedIn de Kuailian France présentant le projet comme vieux de 5 ans

Dans les faits, le lancement officiel date du 1er septembre 2019. Par ailleurs, le site officiel du projet a une dizaine de mois (création en juillet 2019).

Le compte Twitter officiel a pour sa part été créé le 19 août 2019.

L’ensemble des autres réseaux et traces numériques disponibles convergent vers le même constat : quelle que soit l’antériorité des activités de l’équipe derrière Kuailian, la réalité de son existence et de son fonctionnement opérationnel date d’il y a 9 mois, soit il y a environ 300 jours (vous comprendrez un peu plus loin pourquoi il est important de compter en jours).

L’équipe derrière Kuailian (vraiment loin derrière)

Ayons la faiblesse de penser que les capacité de recherches et d’investigations de l’équipe de TCT sont en peu au dessus de la moyenne.

Aucun mérite à cela, d’une part c’est l’activité journalistique qui l’exige, d’autre part la rédaction à quelques outils à disposition et met en application un précepte crypto bien connu : Faire Ses Propres Recherches (le fameux “DYOR”).

Et pourtant, il a fallu un temps improbable pour parvenir à vaguement determiner et reconstruire qui faisait quoi au niveau de la pointe de la pyramide Kuailian. Et après 2 dizaines d’heures à travailler le sujet, les zones d’ombres restent sacrément nombreuses. Problématique pour une société qui prône la transparence à tous les étages.

De l’aveu même de certains de ses dirigeants/responsables/leaders, Kuailian serait en effet “une organisation décentralisée dans son organisation humaine”.

Noble posture que voila (même si l’intérêt de la chose reste un peu flou), mais là vous allez trop loin les gars !

En d’autres termes, les cadres et dirigeants sont un peu partout, ce qui implique également qu’ils ne sont nulle part. Gardez cette donnée en tête, particulièrement ceux qui liront le présent article aux alentours de mai 2022, à l’échéance des 1000 jours des premières souscriptions de septembre 2019.

Clairement, ce n’est pas le site officiel qui sera d’une grande assistance en la matière. C’est bien simple, pas un nom, pas une photo, pas un lien vers le moindre profil professionnel qui permettrait de savoir qui se cache derrière ce projet présenté pourtant comme particulièrement ambitieux et dont la complexité et l’envergure sous-entendent pourtant toute une armée de développeurs, coordonnateurs, sans même compter la structure administrative de soutien, ou encore – au hasard – la division en charge de la réglementation et de la conformité.

Tentons une estimation en passant, héritée d’une petite expérience dans l’analyse de projets sur plusieurs années : sur le papier, un projet comme Kuailian devrait impliquer une petite armée de professionnels de toute nature. Imaginez qu’un “simple” projet comme le masternode NRG par exemple mobilise à lui seul 40 personnes.

Malgré tout, il est possible avec un peu d’obstination de retrouver quelques cadres, dirigeants et fondateurs. Faisons les présentations.

À la recherche des dirigeants perdus

Certaines des captures d’écran ci-dessous sont tirées de photos prises à l’occasion du lancement international du 7 septembre 2019 (source).

Avant d’évoquer les têtes d’affiches de Kuailian, faites la connaissance de la Community Manager du projet, Carolina Fagundez. La jeune femme était présente à la soirée d’inauguration de Kuailian, et on la retrouve à diverses occasions.

Carolina Fagundez, la community manager sans communauté

Pourquoi commencer par cette sympathique demoiselle ? Parce qu’elle illustre bien l’impression d’amateurisme et d’évanescence qui revient un peu trop régulièrement dès qu’on s’intéresse aux rouages de la mécanique Kuailian.

Carolina Fagundez la community manager de Kuailian

Carolina, son truc c’est la Finance Décentralisée. Elle le met d’ailleurs fièrement en avant.

Chaîne YouTube de Carolina Fagundez

Problème, la jeune femme n’a pas le moindre background vérifiable sur le sujet.

Vous allez rapidement constater que c’est d’ailleurs un problème récurrent au sein de l’équipe dirigeante : personne n’a le moindre passif vérifiable dans les domaines blockchain et crypto, pas plus que d’expérience manifeste dans le domaines informatique et fintech, et ce en dépit de la technicité de ces domaines. Fâcheux quand on prétend faire plutôt beaucoup mieux que l’ensemble des acteurs de l’industrie.

Twitter de Carolina Fagundez
Les 11 membres de la communauté de Carolina

Carolina Fagundez avait son numéro de téléphone professionnel lié à la page Linkedin officielle de Kuailian, c’est la raison pour laquelle il est possible de la retrouver d’ailleurs.

Entendons par “page officielle”, celle qui était en lien sur le site principal, la précision est importante, parce que des pages linkedin officieuses fleurissent chaque semaine sur ce réseau, au gré des envies des participants au projet, ravis de s’inventer des postes et responsabilités fictifs. On appréciera le nombre de followers de la “Community Manager” (une demi-douzaine) d’un projet mondial supposé construit sur…la puissance communautaire.

Quant à la page Linkedin en question elle a mystérieusement disparue quelques heures après que quelques questions aient été posées sur son manque de mise à jour. Embêtant pour un projet avec de telles ambitions. Un pur hasard probablement.

David Ruiz de Leon, des pilules magiques aux Masternodes

Carolina Fagundez, la
Carolina Fagundez, la “community manager” de Kuailian en compagnie de David Ruiz de Leon

David est un jeune patron (il est né en avril 1997, 23 piges au compteur). Il est apparu publiquement lors de la soirée de lancement Kuailian à Barcelone en septembre 2019. Sur sa page LinkedIn, il se présente comme le PDG de la structure.

Linkedin de David Ruiz de Leon

David a bossé en freelance chez Axa et indique avoir été été affilié indépendant pour plusieurs boites de 2007 à 2015. Dans les “Centres d’intérêts” de l’intéressé, on retrouve notamment la société Monavie Distributor Network, un MLM structuré autour de la vente de boisson vitaminée, à la réputation sulfureuse.

Un peu plus jeune, le patron – enfin l’un des patrons, on va rapidement le constater – de Kuailian avait déjà des prédispositions pour la vente en réseau. Le Twitter de David Ruiz de 2012 de Leon démontre en effet des qualités précoces pour la revente de pilules magiques qui font maigrir. (source).

Twitter de David Ruiz de Leon vendant des produits amincissant

À ce stade, il est utile de souligner qu’il n’y a rien d’illégal à chercher à vendre des pilules amincissantes, participer à du marketing de réseau, ou être une community manager débutante. Ces éléments, vous sont fourni afin que vous puissiez en toute connaissance de cause connaître le mieux possible une équipe qui va gérer votre argent pendant plusieurs années.

Et si vous êtes déjà chez Kuailian, je suis certain que vous serez heureux de mieux connaître vos leaders (c’est la terminologie traditionnelle dans le milieu, ça sonne mieux que “cadres” ou “responsable”). Et si vous hésitez encore, trop d’informations ne nuit jamais.

Javier Hermosilla Díaz, fondateur

Avec 4 relations professionnelles, Javier ne semble pas avoir besoin de réseaux, ce qui ne lasse pas d’étonner quand on dirige une entreprise forgée sur le réseautage. Mais après tout, le fondateur (encore un) de Kuailian a peut-être égaré ses identifiants (espérons qu’il garde plus précieusement les clef privées des wallets de Kuailian).

LinkedIn de Javier Hermosilla Diaz, fondateurde Kuailian

Javier est également présenté comme “CEO de Elysium“. En dépit de quelques recherches, impossible de retrouver la moindre trace de cette société. En revanche, l’Instagram de Javier est par ici.

On y découvre notamment qu’en 2017, son grand truc (outre les montages photos approximatifs), c’était les produits Kaizen Legacy, un MLM investissement/Libération financière/mindset random. Si vous n’avez pas peur de saigner des yeux, vous pouvez aller vous balader sur le site de l’époque. Serez-vous étonné d’apprendre que le Kaizen Group a eu quelques soucis avec la Justice et le régulateur financier canadien ?

Toujours grâce à son Instagram, il est possible de constater qu’un peu plus récemment, Javier s’est immergé dans le système de MLM de trading Forex Entourage, autre réseau reposant sur les bases habituelles. Ce n’est pas le projet de l’article que de décortiquer le million de projets louches de l’Internet, mais vous pourrez prendre si le cœur vous en dit connaissance de la vidéo énervée d’un ancien utilisateur qui expose les méthodes de l’entreprise. Et un autre dossier complet par ici.

Image provenant de l'instagram de Javier Hermosilla Diaz

Joan Francesc B, co-directeur Marketing

Tout récemment (mars 2020) est apparu un “Co-Directeur du Marketing” en la personne de Joan Francesc B. Il a une tête sympathique (enfin, on va le supposer) et du haut de ses 200 relations LinkedIn (autant dire pas grand chose dans le contexte de ce réseau social), nul doute que son background doit également être aussi solide que sa photo de profil. Joan est également patron d’une boite nommée Crypto Coincept qui semble proposer des formations sur la crypto.

Mise à jour du 23/05 : son profil Instagram est par ici.

Linkedin de Joan Francesc B.

Carles Torrecilla Ferrandez, co-directeur Marketing

Même profil que Joan Fransesc, Carles Torrecilla Ferrandez est tout autant co-directeur du Marketing et également actif chez Crypto Coincept en tant que CMO. Avant Kuailian, Carles a bossé dans l’impression 3D et les détergents.

Linkedin de Carles Torrecilla Ferrandez

Directeur Marketing, Directeur Marketing Everywhere

La capture suivante nous montre encore un gars de Kuailian propulsé Directeur du Marketing du Groupe depuis décembre 2019. Espérons que Sergi G. Quesada a été informé qu’il disposait désormais de 2 co-directeurs.

Linkedin de Sergi G. Quesada

A noter que Sergi n’aura pas trop de difficultés à se reconvertir, lui qui se présente également en tant que “Conseiller Financier”.

Instagram de Sergi G. Quesada

Bonus spécial : Cristian Carmona

Présenté à l’occasion d’un récente interview par David Ruiz de León comme “fondateur” de Kuailian (encore un), le nommé Christian Carmona est compliqué à débusquer.

Cependant, Cristian Albeiro Carmona Hernandez apparaît comme gérant d’Orienta United Agency OÜ et Crosschange International, 2 entités très liées à Kuailian, notamment s’agissant des licences financières mises en avant par la société (voir un peu plus bas).

Très discret, impossible pour l’heure de trouver de photo de l’intéressé. Il est cependant possible d’apprendre qu’il est né le 2 juillet 1993. Un fondateur jeune donc (27 ans) et introuvable, en dépit encore une fois de la « transparence » mise en avant à tout propos par la société Kuailian.

Développeurs, codeurs, techniciens… les grands absents du projet

Vous venez de faire la connaissance rapide des têtes d’affiches de Kuailian, tout du moins celles qui sont identifiables sans avoir à déployer des compétences de détective privé.

Comme vous le constatez, point de vue networking et marketing, il y a de quoi faire. Mais que dire des absents ? Où sont les codeurs de smarts contracts ? Les inventeurs et administrateur du bot et de l’Intelligence Artificielle dont la documentation de Kuailian affiche chaque jour les performances hors-norme ?

Quel ingénieur blockchain, quel technicien, quel codeur Solidity (le langage de programmation Ethereum) ne serait-il pas fier de mettre en avant sa participation à un tel succès ? La question est très sincèrement posée.

Car s’il y a bien quelque chose qu’il faut reconnaître à ce qu’on entrevoit de l’architecture logicielle de Kuailian (le back office, les tableaux de bord, etc…) c’est que l’ensemble respire la solidité et les bons usages en matière de code et d’ergonomie. C’est propre, clair, l’ensemble a dû demander d’y consacrer argent, temps et compétences.

Alors où sont passés les gens dans les coulisses et quelles raisons improbables les pousseraient-elles à ne pas se mettre légitimement en valeur ?

Laissons cette porte fermée pour l’instant et avançons en découvrant un peu mieux celui qui semble le plus correspondre au profil de véritable patron de Kuailian.

Miguel Angel Tello Encinas, le Big Boss

Un autre des fondateurs de Kuailian, peut-être un de ceux qu’on connaît le mieux : Miguel Angel Tello Encinas, né en janvier 1978.

Tête d’affiche

Miguel Tello est plutôt visible, c’est souvent lui qui donne les interviews qui présentent le projet. Vous pouvez retrouver une de ses interviews par ici (bon, une interview bien peu subversive, elle est menée par une sympathisante du projet et diffusée sur la plateforme de la société).

LinkedIn de Miguel Tello, le fondateur et big boss présumé de Kuailian

Avec son allure de fringuant quadragénaire entrepreneur, Miguel a de la prestance, on le lui reconnaîtra. Le genre de gars qu’on imagine bien lever quelques millions en pitchant un projet devant un panel d’investisseurs professionnels ou de business angels.

Extrait d'une conférence de Miguel Tello

Mais Miguel, son truc à lui c’est plutôt le marketing de réseau. Et il a déjà un petit passif sur le sujet.

On ne peut d’ailleurs pas reprocher à l’url de son profil Linkedin de mentir sur la marchandise “Miguel Tello Consultor Networker”.

Et comme par quelques recherches, il est possible de reconstituer un peu le parcours du patron de Kuailian, le moment est venu de parler de Blue Empire

Blue Empire/Be Crypto Pool, ancêtres de Kuailian

Miguel Tello n’a pas toujours été le taulier de Kuailian. Auparavant il dirigeait une société nommée “Blue Empire” (apparaissant également sour l’intitulé ” BE CRYPTO POOL“).

The Blue Empire Kuailian, avant Kuailian

En juillet 2019, cette société proposait des services qui préfigurent de ce que mettra ensuite en avant Kuailian (le lien renvoie à une présentation Facebook des dits services).

La “Banque Kuailian”, du Nigéria aux Etats-Unis, en passant par l’Asie

A noter que la “Banque Kuailian” (on reviendra sur ce sujet particulier) est déjà évoquée dans les termes suivants (retranscrits tels quels):

« Cette société, qui est maintenant devenue la Kuailian Decentralized Protocol Bank, a obtenu une licence et est basée en Espagne et aux États-Unis. Elle s’étend maintenant à d’autres pays asiatiques, dont le Nigeria (sic), et a été créée par une équipe de professionnels, M. Miguel Tello et Javier Hermosilla, tous deux espagnols, qui ont plus de 20 ans d’expérience dans le domaine, dont 15 ans sur le marché financier et plus de 20 ans dans le marketing de réseau. C’est la première entreprise qui n’est pas contrôlée par les PDG mais qui fonctionne via blockchain car toute sa direction a été amenée à passer par des smart contracts

La Kuailian Bank est en activité depuis 4 ans sous le nom de Blue Empire et a eu un fort impact sur le marché des changes avant l’apparition du contrat intelligent Blockchain. Elle a ensuite profité du contrat intelligent il y a 6 mois pour fournir des services dans masternodes sur blockchain 3.0 et, grâce à l’achat d’actions, les actionnaires gagnent directement dans leur portefeuille de la chaîne de blocs chaque jour pendant 1000 jours. »

Si vous commencez à mieux connaître l’offre actuelle de Kuailian, vous ne pourrez que constater que tout était déjà là, en plus….outrancier. Notez au passage la mention des “licences” en Espagne et aux Etats-Unis et révisez votre géographie s’agissant du Nigéria, “pays asiatique”.

Autre grosse différence à l’époque, les gains sont présentés comme étant versés en bitcoins (c’est désormais de l’ETH)

Un passif encombrant

Blue Empire a été fondé par Miguel Angel Tello Encinas et Javier Hermosilla (le vendeur de pilule amincissante) en novembre 2017.

On est là encore loin des « 5 ans d’ancienneté ». En réalité, tout indique que Blue Empire a été fondé en plein milieu du bull run de 2017, peut-être pour profiter de l’engouement global autour du phénomène crypto.

La société a été dissoute le 26 mars 2019 (ce qui ne l’empêchait pas d’être toujours mise en avant 6 mois plus tard sur diverses page Facebook).

Informations concernant la société Blue Empire

Il semble que Miguel Tello ne soit pas particulièrement à l’aise avec cette précédente expérience. En effet, son profil Linkedin a été expurgé de toute mention de Blue Empire. Heureusement pour nous dans notre recherche de la transparence promise, Google n’oublie jamais rien.

Recherche Google avec Miguel Tello comme président de BlueEmpire

Et si la chose est inconfortable, c’est peut-être que la Comisión Nacional del Mercado de Valores (CNMV, le gendarme financier espagnol, équivalent de l’AMF chez nous) a émis une mise en garde officielle en juillet 2019 concernant les activités de Blue Empire offrant des produits financiers réglementés, sans les autorisations requises.

Finalement la « licence espagnole » n’était peut-être pas si acquise que ça après tout.

Vous noterez au passage que la fanbase de Kuailian aime régulièrement mettre en avant une supposée “conformité avec l’AMF” (il existe une version avec la BCE la Banque Centrale Européenne oui, oui – qui revient beaucoup également). La prochaine fois, n’hésitez pas à évoquer l’épisode de la CNMV dans le propre pays d’origine de Kuailian et de ses fondateurs et laisser infuser.

Il y a énormément à dire sur Kuailian, ses différents acteurs, leur passif…ce type de dossier a ceci de particulier qu’il devient vite tentaculaire, chaque trouvaille en amenant 3 autres. Arrêtons nous là pour l’heure s’agissant de l’équipe et de background – ou son absence de background– et évoquons maintenant son produit et ses méthodes.

Kuailian Masternodes et gros sous

D’entrée de jeu, à l’occasion de votre premiere visite sur le site web officiel, probablement rabattu par un sympathique parrain, il vous sera demandé poliment, mais avec insistance de commencer par payer (une cinquantaine de dollars) pour accéder au tableau de bord et à quelques informations supplémentaires.

Demande de paiement par Kuailian afin d'accéder aux tableaux de bord
Merci, mais non merci

Ironie de l’histoire, il vous faudra également passer une étape KYC pour vous inscrire à l’offre. Ne nous en veuillez-pas, personne n’a été jusque là, pas franchement emballé d’envoyer des informations personnelles à une organisation qui ne se donne pas la peine de se présenter.

Résumons : il va donc vous être demandé de commencer par payer pour avoir accès au minimum des informations décentes que N’IMPORTE QUELLE société s’empressera de vous communiquer spontanément. Par ailleurs, VOUS devrez prouver votre identité.

Profitons également pour signaler qu’à plusieurs reprises la petite communauté a indiqué que cette histoire de droit d’entrée relevait d’une “obligation légale” pour Kuailian, ce qui serait presque amusant, si ce n’était en fait plutôt flippant.

Considérons que les membres en question n’ont pas pondu cette information tout seul comme des grands, et que ce genre “d’éléments de langage” fait partie des informations distillées à l’occasion de nombreuses “conférence Zoom” et autres petit événements durant lesquels des cadres du réseaux forment les nouveaux arrivants.

Affiche promotion pour Kuailian
Le 1er novembre 2019, le jour où Kuailian s’est donc affranchi de son “obligation légale” de vous faire payer l’entrée

Ce n’est qu’une fois versé ce ticket d’entrée que vous accéderez au saint des saints : l’interface utilisateur et que vous serez en mesure d’acquérir vos premiers Kuais pour un coût de 100$ l’unité.

Un succès financier indéniable

A noter que courant janvier, Kuailian revendiquait 10 000 utilisateurs. A l’heure actuelle, ce nombre aurait déjà doublé. Rien qu’en frais d’entrée net, c’est ainsi près d’1 million de dollars que l’entreprise a déjà collecté, rien que pour donner l’accès à son site web.

Le 16 mai, l’entreprise annonçait avoir collecté 3 millions de dollars en 24h.

Il n’est pas irréaliste de penser qu’à l’heure actuelle Kuailian a collecté plus de 20 millions de dollars en frais d’entrée et en “Kuais” présentés comme servant de collatéral pour le fonctionnement de son pool de masternodes.

Si l’entreprise continue ainsi, ces montants pourraient continuer à augmenter assez prodigieusement dans l’année qui vient.

Kuailian, c’est vous

On a vu dans la première partie qu’il est possible , même si c’est avec quelques difficultés, d’identifier plusieurs têtes de pont. Mais ce qui fait la particularité de Kuailian (pour ne pas dire sa force), c’est sa capacité à inciter des individus lambda à s’auto-catapulter « ambassadeur », représentant national, “leader” du réseau, sans contrôle ou validation particulière de la structure mère.

Le leader France de Kuailian

Notez dans la capture précédente qu’on retrouve bien la mention d’activités antérieures pour Blue Empire. Si le grand patron de Kuailian a jugé plus sage de pudiquement retirer toute mention de cette malheureuse expérience de son propre profil, l’information ne semble pas avoir atteint les étages inférieurs de la pyramide.

Quoi qu’il en soit l’approche est plutôt maline : outre que c’est bon pour l’égo de personnalités qui seront sensibles à la chose et se donneront du « cher leader diamant » entre-eux, en cas de dérapage, le membre aura parlé/agi en son nom, pas en celui de la société (et ce, même si on se doute bien que les éléments de langages qu’on retrouve à droite à gauche ont bien une origine unique et coordonnée).

Vous noterez au passage que je ne sont exposés aujourd’hui que les officiels de l’entreprise Kuailian. Après tout, c’est leur société, il semble relativement légititime de mettre en avant leur image.

S’agissant des autres, les simples membres du réseau et notamment nos compatriotes, les intéressés nous remercieront peut-être plus tard ne pas avoir mis en avant plus que nécessaire leur action en tant que « Leader/représentant France » et autre « Ambassadeur Exécutif »….Cependant, il est utile de le rappeler : si les choses devaient mal tourner – et le risque est réel -, vous aurez à rendre des comptes, autant à l’ensemble de ceux que vous aurez embarqués avec vous, qu’à des autorités qui s’intéresseront tout à coup beaucoup plus précisément à vos compétences de “conseillers financiers/investissements”.

L’occasion est désormais parfaite afin d’évoquer ce qui fait la force et l’efficacité du système Kuailian : sa colossale et complexe structure de parrainage.

Parrainer des parrains

On l’a déjà dit, il est difficile – impossible même – d’obtenir des détails vraiment précis sur l’architecture technologique supposée garantir des rendements supérieurs à l’ensemble des autres acteurs de l’industrie. En revanche, dès l’instant où il est question de recrutement/affiliation, la documentation se fait pléthorique et d’une précision désarmante.

Inutile de rentrer plus que nécessaire dans le détail mais voici un aperçu du système :

Le système d'affiliation Kuailian et ses avantages induits

A titre d’illustration, pour obtenir le titre de “Vice-President”, il vous faudra cumuler 2 caractéristiques :

  • avoir vous-même investi 70 “Kuais” = 7000 dollars donc
  • Mais surtout, avoir “fait investir” à votre réseau 1000 Kuais, soit…100 000 dollars

Ainsi, en faisant rentrer 107 000 dollars dans le système, outre un titre ronflant, vous obtiendriez….un iPhone. Des rangs comme ça, il y en a un gros paquet, chacun d’entre-eux étant associé à un système de bonus. Ce système de bonus vient se rajouter au rendement annoncé du pool de masternode, lui-même déjà fort attrayant. 15 rangs existent, de « Starter » à « Global ambassador »

Et comme tout système de recrutement par affiliation, le problème n’est pas tellement dans le fait que vous risquez de perdre de l’argent (vous êtes grand), mais surtout que vous aller inciter parents et amis à faire de même, afin d’atteindre vos objectifs, boosté par un système très efficace d’incitation et de motivation collective.

C’est à ça que servent les « events », ces grands barnum où les membres les plus engagés sont réunis dans un hôtel sympa pour un week-end de motivation. Vous n’en ressortirez pas plus éclairé ou mieux informé sur la blockchain, mais gonflé à bloc, prêt à recruter à tour de bras. De Bitconnect à One Coin ou Plus token, l’histoire récente de la crypto et de ses dérives a démontré qu’il ne sortait jamais rien de bon de ces manières de procéder.

Avec Kuailian, revivrons-nous le scandale Bitconnect ?
L’histoire est un éternel bégaiement

Les licences de Kuailian

C’est un des arguments qui ressort dès lors qu’on débat un peu avec les affiliés Kuailian: le société serait « licenciée ». Au gré des versions, ladite license permettrait à l’entreprise de proposer des services financiers, crypto, et dans les moments où tout le monde se détend, carrément bancaires.

Soit-disantes preuves des licences de Kuailian
Les fameuses licences

C’est le moment de rendre hommage au travail des membres du forum CryptoFR, émanation et espace de discussion de l’association Le Cercle du Coin. Comme souvent, la petite communauté n’a pas ménagé ses efforts pour aller fouiller dans les coins afin de vérifier la réalité et le périmètre des fameuses licences. N’hésitez pas à aller consulter les échanges en détail, mais voici un résumé de leurs investigations :

  • Les licences renvoient à la société Crosschange International OÜ
  • Crosschange International OÜ dépend de prifinance.com
  • Prifinance est une société spécialisée dans l’obtention de diverses licences ainsi que dans l’organisation d’ICO notamment
  • Une licence est facturée 2500 euros
  • Prifinance affirme (sans le démontrer) avoir soutenu avec succès 7 ICOs pour 50 millions de dollars levé
  • Les 2 sociétés de Cristian Albeiro Carmona Hernandez Crosschange Internationa OÜ et Orienta United Agency OÜ sont très récentes, et ne présentent pas le moindre chiffre d’affaires.

« Donc ils utilisent la licence bancaire d’une société louche, quasi fantôme basée en Estonie ou Ukraine (à creuser) avec un site web domicilié au Canada…»

Forum CryptoFR

Kuailian dispose donc effectivement de licences. Ces licences sont enregistrée en Estonie auprès d’une société pour le moins légère qui propose ce service (et tout un panel d’autres) pour quelques milliers d’euros.

Faisons un petit aparté pour rappeler que les mots ont un sens, et une portée réglementaire et légale. Kuailian met beaucoup en avant le fait d’être (ou de bientôt devenir, c’est selon), une banque.

Or, en Europe, pour « être une banque », il faut disposer….d’une licence (ou égrément) bancaire (et pas une à 2500 euros, en réalité elle nécessite l’immobilisation de 5 millions d’euros).

Pour une société privée de nature Fintech (Technologie Financière), obtenir cet agrément bancaire (autrement dit pouvoir manipuler l’argent de ses clients, et leur offrir crédit et débit) constitue le St Graal. C’est une démarche extrêmement chère, très longue, contraignante, qui requiert qu’une entreprises déploie un large panel de compétences (notamment sur les sujets légaux et réglementaires), mais également propose des garanties hors-norme afin de s’assurer les bonnes grâces des régulateurs.

Et vous ne serez pas étonné d’apprendre tout ce qui touche à la cryptomonnaie sent le souffre pour lesdits régulateurs.

Ainsi, même des géants comme Binance, Kraken ou Coinbase ne se sont pas (encore) attaqués au sujet. L’industrie est trop jeune, et doit encore faire ses preuves. En Europe, seuls des acteurs comme les néobanques N26 ou Revolut (certes crypto-friendly, mais pas purement crypto) sont parvenus à obtenir ce genre de précieux sésame.

A ce stade soyons donc très clair : une coquille quasi-vide immatriculée dans les pays de l’Est, dont l’équipe visible est composée de profils venant du marketing de réseau n’a AUCUNE chance de disposer de la moindre licence bancaire en Europe. Quiconque vous tiendrait un discours autre serait soit d’une grande naïveté, ou compterait sur votre propre crédulité.

La domiciliation de l’entreprise

L’immatriculation officielle de la société a été faite le 11 février 2020 à Tallin, en Estonie.

Rien ne l’interdit, et beaucoup de sociétés crypto s’installent en Europe de l’Est, territoire réputé plus souple réglementairement et globalement plus blockchain-friendly. Autrement dit, il ne s’agit pas fondamentalement d’un signal d’alerte particulier. Bien sûr, on se rappellera en l’occurrence qu’un des fondateurs de Kuailian a eu un peu maille à partir avec le régulateur espagnol, rien d’étonnant à ce que la société s’exporte ailleurs.

Information concernant la société Kuailian

Au passage, dans cet océan de montages financiers complexes et d’opacité générale, une petite page de divertissement :

A l’occasion des nombreuses réunions de recrutement Zoom qu’affectionnent particulièrement les rabatteurs du projet, vous pourriez tomber sur ceci, au détour d’une présentation des rentabilités alléchantes exposées :

Enseigne supposée de Kualian

Les locaux de l’entreprise Kuailian ! En tout cas, tout est fait pour que vous le supposiez de bonne foi. Et quoi de plus rassurant que des locaux officiels, sérigraphiés au nom de l’entreprise ? Sauf que comme souvent, il faut se méfier de toute proposition trop aguicheuse. Jugez plutôt :

Montage photo de Zen&Art montrant la supercherie des bureaux de Kuailian

Ressemblant non ? Plutôt normal, il s’agit d’un template, déclinable à l’infini :

Montage photo de Jaurès Invest montrant la supercherie des bureaux de Kuailian

Vous pourrez en retrouver différentes déclinaisons sur les sites spécialisés et les banques d’images.

Rien de bien méchant vous direz-vous peut-être. Mais la vraie question est simple : si une entreprise essaye de vous abuser avec ce genre de procédés grossiers, que vous cache t-elle d’autre ?

En réalité, voila à quoi ressemble le Roseni 13, 10111 Tallinn, Estonie. Il s’agit du Metropol Hotel de Tallinn. Beaucoup moins “Start-up Nation” d’un coup. Il parait que le petit dej’ continental vaut le détour.

Devanture de l'hôtel Metropol, lieu de domiciliation de la société Kuailian

L’avis des professionnels du secteur

Bien sûr, il est toujours possible qu’un nouvel acteur débarque dans un secteur donné et fasse mieux que tout le monde. Sincèrement, ça arrive. Des types comme Elon Musk s’en sont d’ailleurs fait une spécialité. Mais convenons-en : il s’agit d’une ultra exception.

Dans le cadre des investigations, nous avons interrogé tout un panel de professionnels du secteur du minage et des masternodes, français mais également anglo-saxons sur le “dossier Kuailian”.

Aucun ne comprend comment l’entreprise parvient à aligner les rendements promis à partir de l’exploitation de Masternodes. De manière secondaire, les pros – qui connaissent par cœur les contraintes propres à la gestion des masternodes – restent abasourdis par les déclarations de l’entreprise espagnole. Il est selon eux strictement impossible de jongler aussi rapidement d’un masternode à l’autre, Intelligence artificielle, bot et autre deep learning ou pas.

Par ailleurs, l’écosystème est petit : si des chercheurs ou programmeurs avaient réussi à configurer un système capable de telles prouesses, impossible de garder l’information confidentielle plus de 2 jours. On ajoutera que les géants du secteurs se seraient rapidement accaparés technologies et process d’un système qui représenterait rien moins que le St Graal économique. D’un autre côté, Kuailian semblant une société bien organisée, impossible d’imaginer qu’elle n’ait pas breveté leur process et leur technologies. Et un brevet, c’est supposé être consultable.

Ainsi, sorti du néant, une équipe réduite (et surtout non identifiée), menée par des dirigeants inconnus de leurs pairs il y a encore 6 mois résoudrait une équation sur laquelle des milliers de professionnels et de sociétés se cassent les dents ?

Seul problème s’agissant des sociétés de l’écosystème sollicitées : difficile pour ces acteurs dont c’est le cœur d’activité de porter une éventuelle controverse sur ce point, au risque de passer pour des concurrents jaloux en plein conflit d’intérêt.

Le véritable risque présenté par Kuailian

Évacuons immédiatement plusieurs aspects :

  • le pool de masternode de Kuailian est très probablement réel
  • Pas vraiement de doutes non plus sur l’existence des smart contracts qui redistribuent des profits
  • Les souscripteurs du projet touchent réellement des dividendes tous les jours, en ETH
  • Et l’ensemble des opérations dureront encore au moins 2 ans

Un des arguments récurrents des investisseurs de Kuailian réside dans la “transparence” des transactions. “Tout est sur la blockchain, impossible de tricher” et un grand classique : “les dirigeants n’ont pas accès aux fonds”, tout étant géré par IA et smart contract.

Passons rapidement sur la naïveté du dernier argument tant il matérialise une méconnaissance évidente à la fois de la technologie, mais également de la marche du monde. J’aimerais simplement souligner un peu bêtement que ce n’est pas parce que vous avez accès à une transaction que vous avez le moindre contrôle sur celle-ci.

Non, le vrai gros problème, et je vous l’avez déjà compris, concerne le capital. Le fameux collatéral qui génère des dividendes et qui, quel que soit les illusions dont vous vous bercez, est sous le contrôle de quelques personnes au sein de la véritable direction de Kuailian (pas nécessairement celle qui est visible d’ailleurs).

On l’a vu, les premiers contrats Kuailian ont été souscrit en septembre 2019. Il arriveront donc à échéance aux alentours de mai 2022. D’içi là, il sera impossible contractuellement aux souscripteur de récupérer leur capital.

Relisez bien la phrase précédente. C’est fait ?

La voilà la mère de tous les problèmes : pendant que les souscripteur se réjouissent de récupérer des miettes quotidiennes, le capital géré par Kuailian grossit. Il grossit, et il est sous le contrôle exclusif de la société. Et cette société dispose d’encore 2 années entières avant d’avoir à réellement rendre des comptes aux premiers investisseurs qui souhaiteront récupérer 80% de leur investissement initial.

Et à ce stade de notre article, posons nous ensemble la question : pourquoi ?

  • Pourquoi cette immobilisation, alors que quiconque connaissant comment fonctionne un masternode sait qu’il est possible de placer et de retirer son collatéral à tout moment, sans pénalité ?
  • Pourquoi un blocage aussi long, alors que les dividendes d’un masternode sont versés toutes les minutes, ou quasiment ?
  • Pourquoi, alors que Kuailian prétend disposer d’un IA si performante, ne la met-elle pas à disposition de ses utilisateurs pour leur permettre de récupérer leur collatéral à tout moment ?

Et si les choses devenaient compliquées, posez-vous également cette autre question : de quel recours disposerez-vous ?

Diligenterez vous un avocat Lituanien pour défendre vos intérêts face à des sociétés écrans sans responsables clairement identifiés ? Demanderez-vous l’assistance de l’AMF espagnole ? Irez-vous frappez à la porte de l’hôtel Metropol de Tallinn ?

Tant que Kuailian n’aura pas répondu à ces interrogations, et ne permettra pas à ses membres de récupérer à tout moment leur capital (en échange pourquoi pas de quelques % de pénalité, comme les bons usages de l’industrie le préconisent), notre certitude est la suivante : les souscripteurs de Kuailian ne reverront pas 80% de leur capital à l’échéance des 1000 jours du contrat.

Alors Kuailian ? Bullshit ou Bullrun ?

En l’état et après étude du “Dossier Kuailian”, l’une des plus inquiétantes hypothèses est la suivante :

  • Les dividendes des membres proviennent en partie des masternodes,
  • Mais également de l’argent frais que les participant font rentrer en recrutant à tour de bras.
  • Le système fonctionnera jusqu’au moment où quelqu’un, tout en haut de la pyramide considérera qu’un objectif de temps ou de montant est atteint
  • A compter de cet instant, les problèmes commenceront.

Il s’agit d’une hypothèse de travail, non pas d’une certitude. Rien ne ferait plus plaisir à l’équipe que de se tromper, tant rien ne vaut un projet fonctionnel pour l’ensemble de l’industrie (là ou un scam de grande envergure décrédibilise tout notre petit écosystème).

On ne répétera ainsi jamais assez qu’en matière d’investissement crypto, vous ne devez faire confiance à personne par principe, nous y compris.

Au final cependant, et au regard de tous ces éléments collectés (dont une partie n’apparaît pas dans le présent article, déjà volumineux), TheCoinTribune vous incite à la plus grande prudence avec cet investissement.

Et si à la lecture de ce dossier, des choses ne vous semblaient pas parfaitement claires, que vous débutez dans l’investissement crypto, prenez le temps d’aller prendre connaissance des 13 règles fondamentales à connaître pour devenir un crypto-investisseur serein et éclairé.

Bonus et remerciements

Comme indiqué en introduction, ils sont nombreux ceux dans la communauté qui s’interrogent et enquêtent sur le projet Kuailian.

Ne seront pas mentionné volontairement les personnes qui ont participé aux investigations et envoyé des infos ces dernières semaines, les intéressés s’inquiétant des potentielles conséquences négatives. On notera au passage que pour Kuailian la transparence a ses limites de ce côté là aussi : les membres sont ainsi été avertis – voire menacés – dans les termes suivants :

« […] les fondateurs sont très mécontents par rapport à un certain nombre de personnes qui se sont amusées à appeler nos partenaires (EEA, Deloitte, Mas…), à cause de ce comportement nous pouvons perdre ces partenaires. Il faut savoir qu’il est interdit d’appeler nos partenaires, si vous le faites, il faudra en assumer les conséquences (poursuite en justice).

Kuailian a mis en place un service « compliance » qui surveille toutes les publications des utilisateurs de kuailian, on vous conseille de faire très attention sur vos vidéos youtube, stories, etc. Vous encourrez une grosse sanction. »

On recommandera donc aux membres de Kuailian de ne pas trop chercher à s’informer eux-même, au risque de « mécontenter les fondateurs » et « d’encourir des poursuites en justice ». Une ambiance des plus sympa.

ll y aurait encore énormément à dire encore sur ce dossier. Vous pouvez aller parcourir (en espagnol) un dossier complet qui vient de sortir et qui démontre que les “smart contracts transparents autonomes” passent beaucoup par Binance et Kraken. En gros, 2 adresses importantes du système échappent à la visibilité des souscripteurs et permettraient la redistribution des dividendes via Binance.

Nos collègues espagnol de criptomonedaseico.com en profitent également pour relever quelques points problématiques, comme la selection de masternodes de Kuailian dont la rentabilité réelle ne permet pas d’expliquer le montant des dividendes annoncés par la société.

On relèvera enfin l’attribution du statut “arnaque” sur le site de review Foxy Rating. Enfin, une review complète du site reconnu Behind MLM se pose les mêmes questions et parvient aux mêmes conclusions que tout le monde, en se concentrant plus sur l’inquiétante dimension pyramidale du projet.





Retrouver l’article original de TheCoinTribune ici: Lien Source

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